III.10 Introduction à la génomiqueLes études globales de la structure des génomes et leurs séquences ont permis de montrer comment ceux-ci ont évolués.
La génomique regroupe donc en quelque sorte la génétique classique et la génétique moléculaire car on peut maintenant connaître l’organisation globale des gènes et des séquences non codantes d’une espèce donnée et les remplacer dans le génome entier.
Les séquences, couplées aux techniques d’amplification raides et d’analyse à grande échelle de polymorphisme et d’expressions des milliers de gènes en parallèle, ainsi que les progrès de la bioinformatique conduisent à une accumulation très rapide de nouvelles connaissances et à l’établissement de cartes génétiques de plus en plus précises.
Un siècle de recherche sur l’alcaptonurie (la maladie de l’urine noire)
L’acide homogentistique est excrété de manière anormalement abondante dans l’urine des malades.
1) 1889 La maladie est identifiée sous le nom de ‘black urine disease’
2) 1902 Autosomique récessive
3) 1908 Proposée en temps que déficience de l’enzyme HGO qui transforme l’ac.gentistique en ac.maleylacetoacetic.
aucun autre progrès jusque dans les années 1990…
4) 1992 Le gène AKU est cartographié sur le chromosome 3
5) 1995 Le gène HGO est isolé depuis un champigon (Aspergillus)
6) 1996 Grâce au HGO d’Aspergillus, on trouve le cDNA humain
7) 1996 Par Northern blot, on identifie la présence de mRNA du HGO dans le foie
8) 1997 Le gène HGO est séquencé
9) 1997 Test d’hybridation de HGO sur le chromosome (in situ)
10) 1998 Le PCR des exons 10 et 12 montre des sites mutants
11) 1998 Détermination de la transmission des 2 allèles mutantes (P230S et V300G)
12) 1998 Diagnostique par RFLP
Carte de liaison génétique du chromosome humainLa carte de liaison génétique détermine :
-La position des gènes sur le chromosome
-La position de chaque sonde correspondante
Il y a de nombreuses sondes pour chaque partie du chromosomes1
Sur le chromosome 1, il y a 2000 gènes dont 600 déjà identifiés ou homologues à des gènes connus chez d’autres espèces. L’emplacement des autres est prédit par l’analyse bioinformatique, mais leurs fonctions restent encore inconnues.
Analyse de l’expression des gènes d’un génome entierLes puces à DNA peuvent porter jusqu’à plusieurs milliers de séquences de DNA différentes et permettent d’analyser l’expression des gènes ou des polymorphisme génétiques à l’échelle du génome entier.
« Les puces à ADN consistent en un support solide (petite lame de verre comme celles utilisées en microscopie traditionnelle ou membrane de nylon) sur lequel des milliers de fragment d'ADN sont déposés de façon géométrique à l'aide d'une micropipette robotisée. Grâce à cette technique, chacun des fragments d'ADN est représenté par un point sur le support (ou puce). Ils servent de sondes pour fixer de façon très spécifique les fragments de gènes complémentaires (cibles), présents dans les échantillons biologiques à tester : leur mise en contact permet de reconstituer la double hélice d'ADN. Ce phénomène (hybridation) peut être mis en évidence par des techniques optiques sous éclairage fluorescent ou par détection de radioactivité ; un système de « marquage » de l'échantillon au moyen de traceurs fluorescents ou radioactifs ayant été réalisé préalablement. La quantification des signaux obtenus et l'identification des fragments de gènes reconnus sont ensuite rendues possibles au moyen d'un système d'acquisition d'image puis d'analyse des données faisant appel à des logiciels informatiques spécialement conçus à cet effet. Les résultats obtenus sont ensuite validés sur le plan statistique et interprétés dans un contexte biologique. »
Tiré de
http://www.genopole.org/html/fr/connaitre/cite/outils/puces.htm Donc l’analyse de l’expression des gènes d’un génome entier peut être fait grâce à cette méthode de puces à DNA.
A) On isole de l’ARN (de 2 souches différentes)
B) On génère de la cDNA à partir de ces ARN grâce à une rétro-transcriptase
C) On marque les cDNA par fluorescence (de couleur différente selon la souche)
(Par exemple rouge pour la souche A et vert pour la souche B)
D) On procède à l’hybridation dans les puces à DNA
E) Chaque point correspond à un fragment de gène connu auquel s’est hybridé soit le cDNA d’une souche, soir celui de l’autre souche, soit les deux.
On reconnaît donc quel gène est exprimé selon la souche !
On peut comparer ainsi l’expression de milliers de gènes connus en parallèle dans 2 conditions données (par exemple : au cours du développement, lors de l’inactivation expérimentale d’un gène, en réponse à un stimuli hormonal ou à un traitement médical, dans des tissus sains et pathologiques…)
Variante :
Si on utilise directement des fragments chromosomiques au lieu de cDNA, on peut analyser des polymorphismes génétiques à grande échelle
Par exemple en biologie des population, pour des études pharmaceutiques de variabilité de réponse à des médicaments…
III.11 Pathologie moléculaire et analyse génotypiqueAnalyse génotypique : analyse du génome et non du produit du gène (phène)
Analyse phénotypique : RNA, protéine, couleur, …
Les avantages de l’analyse génotypique :1) Aucune considération de l’expression temporelle ou tissulaire
2) Aucune considération quant à l’expressivité du gène
3) Aucune influence due à l’inactivation du chromosome X
4) La fonction du gène analysé n’a pas besoin d’être connue
5) Détection de l’état de latence d’une mutation ou d’un génome étranger (un virus par ex)
Analyse génotypique peut être utilisée pour la détection de nombreuses maladies comme la dépranocytose ou l’hémophilie.
Domaine d’utilisation de l’analyse génotypique1) Les maladies héréditaires
2) Les mutations somatiques
3) Les infections (virus, bactéries ou parasites)
4) Des identifications (greffe, médecine légale)
Considérations quantitatives :La taille d’un gène humain est d’en moyenne 30'000bp
La taille du génome humain est de 3 x 109 bp
Problème : détection d’un fragment spécifique dans environ 100'000 fragments différents
Approches techniques :On utilise des cellules nucléées accessibles facilement comme des cellules buccales.
On emploie 2 techniques :
1) Les enzymes de restriction et le Southern blot avec des sondes spécifiques
2) Le PCR
Détection de l’anémie falciforme (dépranocytose) :
On utilise une enzyme de restriction : la MST II qui coupe le palindrome CCTNAGG
Ce palindrome se trouve sur l’exon 1 du gène de l’hémoglobine β.
Le gène normal est indiqué : βA
Il y a trois types de mutations sur ce gène :
1) βA*: mutation silencieuse (substitution)
2) βS : mutation faux-sens (substitution)
3) βthall : mutation non-sens (délétion dans le codon 6)
L’enzyme de restriction MST 2 coupe normalement le palindrome CCTNAGG qui se trouve sur l’exon 1 du gène. Cette séquence étant modifiée dans les 3 mutations, les fragments obtenus après digestion par l’enzyme de restriction seront de taille différentes.
Etant donné qu’on sait que normalement une coupure doit se faire à un endroit précis sur l’exon 1, on pourra vérifier s’il y a coupure ou pas en vérifiant la taille des fragments par électrophorèse.
Diagnostique prénatal de l’anémie falciforme :Si les 2 parents sont hétérozygotes, la maladie peut être transmise à la postérité. Il est possible de faire un dépistage prénatal en faisant un Southern blot avec l’enzyme de restriction MST2.
On compare les ADN du père, de la mère et du fils pour savoir si ce dernier est homozygote, porteur, ou sain.
Le diagnostic peut être soit direct soit indirect : Direct si le gène est cloné (sonde) et si la lésion est connue et univoque. On détecte donc précisément le défaut.
Indirect si on connaît le gène mais pas la mutation. Cela peut être le cas dans pour l’apparition de nouvelle mutation dans la population (néomutation)
Le diagnostic génotypique indirect :Diagnostic génotypique par analyse de liaisons avec des marqueurs polymorphes.
Le principe de cette méthode consiste à distinguer le chromosome porteur du gène pathologique de son homologue normal.
On ne détecte pas directement la lésion génomique elle-même, mais des polymorphismes voisins de celle-ci servant de marqueurs.
On a donc 2 changements :
1) Un qui affecte la fonction
2) L’autre qui est une modification que l’on peut détecter par un changement dans la carte de restriction
Ceci permet un diagnostic chez les sujets dont le statut génotypique est inconnu (fœtus ou individu à risque)
On utilise cette approche par liaison seulement si la lésion génétique n’est pas directement accessible.
On procède pour à une analyse de liaison génétique à l’aide d’un marqueur RFLP.
Analyse de liaisons génétiques à l’aide d’un marqueur RFLPLorsqu’on ne connaît pas le gène responsable d’un phénotype ou d’une maladie propagée de manière mendélienne monogénique, on va tenter d’identifier un marqueur génotypique de type RFLP dont la propagation suit celle du phénotype.
Toutefois, on ne dispose que rarement de sites de restriction localisés à la position exacte d’une mutation provoquant un phénotype particulier !
On va donc chercher des marqueurs génétiques très polymorphiques d’un individu à l’autre, et permettant l’analyse de beaucoup de fragments de chromosomes différents à la fois.
On utilisera alors des sondes contenant des éléments répétés satellites du génome.
on a pas la séquence de la mutation, mais un marqueur juste à côté !
Dans le cas de l’hémophilie, on distingue plus de 150 formes de mutation.
Le diagnostic est en général semi-direct par polymorphisme de restriction.
Les mutations non-sens se caractérisent par une hémophilie grave.
Les mutations faux-sens se caractérisent par une hémophilie modérée
La plupart des maladies sur des grands gènes présentes de nombreuses mutations différentes. On utilise donc la méthode semi-directe de dépistage.
La génétique inverseGénétique classique : identifier la protéine défectueuse puis identifier le gène
Génétique inverse : identifier le gène impliqué, puis ‘remonter’ à la protéine et en définir la fonction
Exemple : la myopathie de Duchenne
Le gène a été identifié, c’est la dystrophine.
Ce gène est très grand (2300kb) et prend 10 à 30 heures pour être répliqué !
La plupart des mutations sont dues à des délétions.
Pour un diagnostic direct, on utilise un PCR mutliplex (amplification simultanée de segments) car les produits PCR sont distinguables par leur taille.
En utilisant 2 séries de 9 couples d’amorces, on explore 17 exons et la région promotrice, ce qui permet de couvrir 90% des délétions.
60% des cas sont dus à des délétions et 30% à des microdélétions ou mutations ponctuelle)
En analysant les exons seulement, on peut observer une absence d’un d’entre eux. Cela permet de cibler rapidement l’exon responsable de la mutation.
On peut également faire des analyse pour cette maladie par Southern blot (uniquement par rapport aux sites de restriction) ou par Nothern blot (expression du gène : avec RNA)
Empreinte génétiqueEn plus des séquences qui correspondent à des gènes, le génome contient des séquences répétées un grand nombre de fois.
les séquences uniques ou répétées un petit nombre de fois
les séquences répétées : ces séquences sont transmises comme n’importe quel gène et permettent d’identifier des individus : empreinte génétique
Des vrais jumeaux ont exactement la même empreinte génétique
Recherche en paternité :Un enfant est exclusivement constitué d’ADN provenant des parents. Les caractéristiques de son empreinte génomique sont présentes soit chez le père, soit chez la mère. La comparaison de l’empreinte génétique permet d’authentifier une filiation directe.
De cette manière on a pu déterminer 2 siècles plus tard que le président des Etats-Unis Thomas Jefferson avait eu un fils avec son esclave noire.
Les polymorphismes de nucléotides uniques SNP (single nucleotide polymorphism)
Dans la population humaine, la comparaison de la séquence du même gène chez différents individus a montré qu’il pouvait exister naturellement une différence de 1/1000 nucléotides.
Cela représente une différence d’environ 1 million de différences entre deux individus.
Cette observation permet de suivre les différentes formes d’un gène ou d’un polymorphisme dans la population.
Définir la fonction de chaque gèneOn connaît actuellement la fonction de seulement 60% des gènes.
Les approches :
1) Par homologie de séquences avec des gènes dont la fonction est connue dans d’autres organismes (la narcolepsie : présente chez le chien)
2) Par réintroduction/inactivation des gènes (knock-in/knock-out)
3) Transcriptome : variation de l’expression des gènes
4) Analyse de l’effet au niveau protéique : le protéome
Décoder le génome Le décodage du génome a un intérêt au niveau de
1) L’évolution : comparaison des génomes et fonctions des protéines / arbre de vie
2) Médecine :
pharmacologie : réponse aux médicaments différentes selon les individus et donc selon le génome
les maladies héréditaires, infectieuses, cancer, etc…